Mai 2020

Anniversaire et programme mensuel du local

May 01

Ce 1er mai a une saveur particulière car pour la première fois de la courte histoire de notre présence à Fougères, nous ne pouvons ni nous rassembler ni défiler en cortège. Nous ne pouvons pas non plus ouvrir nos portes au public pour une nouvelle journée festive. Qu'à cela ne tienne, d'autres occasions se présenteront bientôt pour faire la fête ensemble ! Pour autant, il n'est pas question de faire d'aujourd'hui une journée sans importance, une journée qui n'aurait pas de sens, une journée de confinement qui succèderait simplement aux précédentes.

Ce 1er mai 2020 est le troisième anniversaire de l'inauguration de notre local situé rue de la Pinterie, Les Oiseaux de la Tempête. En 2017, cela venait concrétiser plusieurs mois de travaux et davantage de gestation d'un projet collectif porté par la poignée de militant⋅e.s libertaires que nous étions animé⋅e.s par la même envie de partager des pratiques démocratiques et autogestionnaires. Depuis, le groupe n'a cessé de s'étendre, de se diversifier : chaque personne qui passe la porte et s'investit au local a ses propres motivations, en tant qu'ami⋅e, voisin⋅e, camarade, connaissance, collègue, curieux.se, militant⋅e ou non, libertaire ou non. Toutes et tous, nous formons un réseau qui ne cesse de multiplier ses activités et ses terrains d'actions.

Conférences, débats, projections, concerts, ateliers, cantines populaires et distributions alimentaires, colonies de vacances, ouverture d'un deuxième local en complément du premier, projet de lancement de notre propre radio, bibliothèque, ordinateurs et imprimantes à disposition, bar sans alcool à prix libre, expositions ...

Arpentages livresques, soirées tricot, ouverture à l'international avec l'accueil de camarades venu⋅e⋅s d'Argentine, du Canada, du Kurdistan, mais aussi des quatre coins de France, édition d'un journal, des mandats tournants, des dizaines d'assemblées générales décisionnelles et des centaines de réunions de groupes de travail !
Ateliers informatiques, cafés-philo, histoire, écologie, biodiversité, agriculture, industrie, féminisme, deux cycles sur l'éducation, un projet d'école, un cycle sur l'autogestion, des réunions et permanences syndicales, des ateliers langue des signes, activités manuelles et scientifiques pour les enfants...

La liste n'est ni exhaustive ni définitive tant la vie foisonne dans nos murs et déborde au-delà !

En bref, ce sont de très nombreuses heures d'ouverture pour tout cela, parfois aussi juste pour se poser, discuter, lire, ou simplement être là. Bien plus de mille jours sans trêve, même en pleine crise sanitaire grâce au maintien d'un maximum d'activités dans des formats adaptés !

Tout cela sans enrichissement financier, sans quémander de subvention, sans prise de pouvoir et sans s'enfermer dans un "entre-soi" mais au contraire en participant largement aux événements locaux et en travaillant avec nos ami⋅e⋅s toujours plus nombreuses et nombreux. Tout cela de nos propres mains et de nos propres têtes pour tâcher de réaliser ce qui devrait couler de source : l'autogestion de tous les pans de la vie sociale, de l'éducation à l'alimentation en passant par la culture, la santé, dès la naissance pour une partie d'entre nous (eh oui ! ) et dès que possible pour les autres. Le tout dans la construction d'un autre rapport au reste du monde naturel et le respect des individus...

Nous parlons de festivité, à juste titre certes, mais nous ne devons pas oublier que ce jour n'a pas été choisi au hasard et est aussi celui de la commémoration. Commémoration du moment dans notre histoire qui conduisit à l'instauration du 1er mai comme journée internationale des travailleuses et des travailleurs, nous voulons parler des grèves du 1er mai 1886 à Chicago pour demander la journée de 8 heures. Appelées par les anarchistes d'alors elles se poursuivront sur plusieurs jours, conduisant à une répression policière meurtrière et à l'attentat à la bombe du Haymarket Square. Les coupables étaient trouvés d'avance : les anarchistes. Coupables imaginaires, prétexte facile pour justifier l'injustifiable mais victimes bien réelles : cinq donnèrent leur vie, dont quatre par pendaison, à la suite d'une parodie de procès. Tous seront réhabilités devant la loi quelques années plus tard, n'empêchant pourtant pas l'histoire de se répéter tout au long du siècle suivant. C'est à eux que nous avons dédié le nom de notre local, en référence à cette phrase lancé par nos prédécesseur⋅e⋅s comme un avertissement : "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce". Depuis, le temps a passé et bien des choses ont changé, mais pas tout. Le contexte actuel est toujours celui d'une société dominée par une classe dirigeante, politicienne et industrielle, qui n'exerce le pouvoir que pour le conserver et n'accumule de l'argent que pour en accumuler encore ; Ivresse qui rend vraissemblablement aveugle et sourd aux principes élémentaires de justice sociale et environnementale. En attendant le "déconfinement", souvenons-nous qu'aucun cadeau ne nous a jamais été fait et que seule la lutte paie. Souvenons-nous qu'aucune confiance ne peut-être placée en des chefs, porteurs par essence de déséquilibre social et qu'il faut donc la placer en nous-mêmes, entre égaux.ales, et ainsi devenons ou restons maîtres.ses de nos vies.

Ils et elles étaient les oiseaux de la tempête, nous le sommes aussi : devenons la tempête !

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